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Dans la Nièvre, des élus menacent: "plus de maternité, pas d'élections" (21/02/2008)

(AFP) - A l'entrée de Clamecy (Nièvre), le maire a placé un panneau "Interdit de procréer et d'accoucher": pour protester contre la fermeture de la maternité qui dessert toute la région, une centaine d'élus menacent comme lui de boycotter les élections municipales. "Il ne faut pas accepter l'inacceptable!", s'exclame Bernard Bardin, maire socialiste de ce bourg de 5.000 âmes niché au pied du Morvan, qui ne décolère pas depuis l'annonce de la fermeture prochaine de la maternité, le 31 mars. Début février, l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH) de Bourgogne a confirmé sa fermeture pour des raisons de sécurité et de non respect de quota de personnel, notamment l'absence de pédiatre 24 heures sur 24. En 2007, la maternité de Clamecy a procédé à 214 accouchements, alors que la norme exigée est d'au moins 300 naissances par an. Sa disparition va contraindre les futures mamans à parcourir des dizaines de kilomètres de routes sinueuses et périlleuses pour rejoindre les maternités d'Auxerre (50 km), Nevers (79 km) ou Cosne-sur-Loire (56 km). Lundi, une centaine de maires des communes concernées par la mort programmée de ce "service public" se sont réunies pour organiser la riposte. "Il faut un signe fort pour sauver notre maternité", leur lance M. Bardin. Après deux heures de réunion, les maires prennent la lourde décision de "ne pas organiser les élections municipales" et "d'appeler à leur boycott". "Face à cette restructuration anarchique qui organise le désert médical, c'est à l'Etat maintenant de prendre ses responsabilités", lance, solennel, le député PS Christian Paul. Depuis de longs mois déjà, des élus représentant "33.000 habitants" répartis dans des villages ruraux et isolés de la Nièvre et de l'Yonne, se battent pour défendre un établissement qui, selon eux, "fonctionne en toute sécurité" depuis 1990. "Sa fermeture, c'est la mort d'un territoire", s'inquiète Robert Mory, président de l'association des usagers des réseaux de santé du haut-nivernais, créée en 1999 pour défendre "le droit à la santé". Il met en garde contre "la crise de la démographie médicale" qui risque de s'aggraver avec la disparition de la maternité et "le départ probable de praticiens". Pour illustrer la violence symbolique de la mesure à leurs yeux, plusieurs élus ont affiché à l'entrée de leur commune et le long des routes des panneaux et arrêtés annonçant l'"Interdiction de femme enceinte". "Face à une décision irresponsable, nous avons voulu répondre par ces arrêtés un peu ubuesques pour traduire l'inquiétude de nos populations", explique Jean-Louis Labeau, maire et conseiller général (PS) de Chevroches (Nièvre). Loin de cette agitation, la maternité et ses douze salariés, dont deux médecins anesthésistes, continuent à travailler. Marie Fautrier, coordinatrice d'un réseau Santé qui suit les futures mères dès le début de leur grossesse, regrette: "le réseau va éclater avec la disparition de la maternité car les mères iront accoucher à Nevers ou Auxerre". Pour l'heure, une petite fille vient de naître et une autre s'annonce. Toute acquise à la cause, la parturiente invite le journaliste et le photographe à rentrer dans la pièce où elle est en plein travail. Les yeux brillants, elle leur confie le prénom du bébé en train de naître: Marion.

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