(AFP) - La gauche est sortie dimanche grand vainqueur des municipales et des cantonales, avec une déferlante de victoires à Toulouse, Strasbourg, Caen, Reims, Metz, Amiens ou Blois, mais la droite a symboliquement réussi à sauver Marseille. Selon des chiffres du ministère de l'Intérieur, le rapport de forces gauche-droite aux municipales s'établit à 49% au PS et ses alliés contre 47,5% à l'UMP et ses alliés. La victoire de la gauche est encore plus nette aux cantonales (51,1% contre 44,4% à la droite). Malgré l'appel des deux camps à une plus forte mobilisation, le scrutin a été marqué par une abstention encore plus forte -et record depuis 1959- (38% dans les communes de plus de 3.500 habitants) que celle du premier tour. Le PS et ses alliés, qui misaient sur la reconquête de 30 des 40 villes de plus de 20.000 habitants perdues en 2001, ont repris Strasbourg, Saint-Etienne, Evreux, Quimper, Argenteuil, La Seyne-sur-Mer et Roanne. Rouen avait été repris dès dimanche dernier. Après près de 40 ans de pouvoir de la droite, Toulouse a également basculé à gauche. Gagnés également: Caen, Reims, Amiens, Mende, Valence, Thionville, Millau, Brive, Asnières et Narbonne. A Marseille, après un long suspense, le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin l'a finalement emporté sur son concurrent PS, Jean-Noël Guérini, battu dans le secteur clef, le 3ème, par l'ex-ministre Renaud Muselier. La gauche est désormais nettement majoritaire dans les villes de plus 30.000 habitants: elle en détient 183 (soit un gain net de 38 villes par rapport à 2001) contre 124 à la droite. Quatorze ministres avaient été élus au 1er tour. Dimanche, Xavier Darcos (Education) a perdu Périgueux. Battues aussi: Rama Yade (Droits de l'Homme) Christine Albanel (Culture) et Christine Lagarde (Economie). En revanche, les urnes ont souri à Jean-Marie Bockel (Francophonie), Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie), Rachida Dati (Justice) et Christian Estrosi, ce dernier démissionnant de l'Outre-Mer au profit de Nice. Metz aura son premier maire de gauche depuis 1848, en raison surtout des divisions à droite. "Nous payons le prix des divisions" dans plusieurs villes, a réagi Xavier Bertrand (Travail). La gauche a conforté ses positions en l'emportant à Lille, à Brest, Belfort, Charleville, après Lyon, Nantes, Besançon, Dijon et Limoges dès dimanche dernier. En outre, elle garde Angers, un des rares espoirs de conquête de l'UMP. La droite emporte Agen (NC), Calais (UMP), Châtellerault (NC) et Mont-de-Marsan (MoDem-UMP) après Le Puy en Velay et Chaumont au premier tour, et elle garde Le Havre, Orléans, Vannes, Moulins, Beauvais, Perpignan et surtout Marseille. A Paris, la victoire du maire sortant PS Bertrand Delanoë est nettement plus large qu'en 2001, mais ses listes ne gagnent pas de nouvel arrondissement. A Pau, le président du MoDem François Bayrou perd son pari pour "moins de 1%" face à la socialiste Martine Lignières-Cassou. Le sort national du MoDem, dans un scrutin marqué par une bipolarisation plus forte que jamais, s'en trouve compliqué. Après un bon premier tour, où il avait fait mieux que résister, le PCF a perdu plusieurs bastions: Calais, Montreuil face à Dominique Voynet (Verts), Aubervilliers face au PS et le département de Seine-Saint-Denis. Le patron du PS, François Hollande, s'est félicité de victoires remportées "au-delà des objectifs" et a affirmé que Nicolas Sarkozy devrait "corriger la politique qu'il a conduite". Ségolène Royal a appelé "à transformer le vote sanction en vote d'avenir", paraissant accélérer brusquement la course à la succession de M. Hollande. Jack Lang lui a répliqué à distance que "nulle faction, nulle personnalité (...) au sein du Parti socialiste n'est en mesure de revendiquer" les succès de la gauche. A droite, le Premier ministre François Fillon a jugé "malvenu de tirer de ce scrutin des leçons nationales", avant d'estimer que la gauche avait "partiellement rétabli" sa défaite de 2001. Tous les leaders de droite se sont relayés pour tenter de minimiser la défaite de la majorité et évoquer un "rééquilibrage" droite-gauche. M. Fillon a réaffirmé que les réformes se poursuivraient sans infléchissement. "La bataille pour l'emploi et le pouvoir d'achat doit s'accentuer", a-t-il dit. Nicolas Sarkozy, lui-même en retrait pendant la campagne après une forte chute dans les sondages, n'envisage, selon son entourage, que des "ajustements" de son gouvernement avec quelques secrétariats d'Etat nouveaux. La gauche a aussi fortement progressé aux cantonales et paraissait assurée d'ajouter au moins 8 nouveaux conseils généraux aux 51 (sur 101) qu'elle détenait déjà: l'Allier, la Corrèze, le Lot-et-Garonne, la Côte d'Or, la Somme, l'Indre-et-Loire, le Val d'Oise et les Deux-Sèvres. Plusieurs autres sont très serrés et se joueront au troisième tour, comme l'Ain. Cette forte poussée de la gauche devrait avoir des répercussions aux sénatoriales de septembre. Depuis 2004, l'UMP n'a déjà plus la majorité absolue au Sénat.
Un site du Courrier des maires en partenariat avec :
Le Courrier des maires, c'est aussi une newsletter d'information complète chaque vendredi.